vendredi 27 mai 2016

Le crochet irlandais

Je vous ai parlé de la dentelle aux fuseaux, un de mes hobbys, dans un article précédent.

Hé bien! Laissez-moi vous dire que ça n’a pas duré longtemps. En fouillant sur internet pour des patrons gratuits, je suis tombée sur des exemples de crochet irlandais. Celui-ci est fait peut être pas mal spectaculaire. Voici deux endroits où vous pouvez en avoir des exemples: ici, qui est la forme la plus traditionnelle, tout en blanc mais jaunie avec le temps, et ici plus moderne, dans un délire de couleurs. Dans sa forme moderne, certains l’appellent freeform.

Alors j’ai décidé de me mettre au crochet irlandais, moi qui n’avait pas tenu un crochet depuis plus de quarante ans. Outre l’intérêt artistique, j’ai des raisons bassement pratiques. La dentelle aux fuseaux est peu transportable lorsqu’en cours de réalisation. Elle se fait sur de grands coussins. Il peut y avoir une cinquantaine de fils ou plus sur autant de fuseaux et il ne faut pas les mélanger. Sans compter tout le matériel qu’on doit trimbaler: fil, épingles, ciseaux, crochets, etc. Vous ne pouvez pas traîner ça avec vous pour attendre chez le médecin, ou pour les pauses au travail. C’est un vrai déménagement. L’investissement en argent peut être important. Alors que dans le crochet, tout ce que vous avez besoin tient dans votre sac à main et ça coûte des pinottes. Dans les deux cas, vous faites le vide. C’est une vraie méditation.

Du côté de la dentelle aux fuseaux, je dois admettre que je n’ai pas beaucoup de pièces complètes à mon actif. Surtout des exercices et des échantillons. J’ai dû me rendre compte à un moment donné que je n’étais pas faite pour les travaux de longue haleine. Ce que je peux faire en crochet irlandais, puisque ce sont toujours des petites pièces, faites en fil fin et qu’on raccorde à un moment donné, quand on en a suffisamment, par un grillage lui aussi fait au crochet.

Maintenant l’histoire du crochet irlandais, qui m’a permise de faire le pont. Le premier lien d’exemple ci-haut la donne en anglais. Ç'a commencé dans la première moitié du XIXème siècle, lors de la famine de patate en Irlande. Des religieuses ont réussi à imiter au crochet des dentelles à l’aiguille, très luxueuses, et l’ont enseigné à des familles appauvries pour leur permettre de subvenir à leurs besoins. Un motif qui prenait 200h à l’aiguille en prenait seulement 20 au crochet. La formation d’une dentellière à l’aiguille prend 10 ans alors que le crochet était déjà un art populaire. La mode s’y est mise au tournant du XXème siècle puis il y a eu une éclipse. C’est revenu tranquillement ces dernières années.

Je vous donne ici quelques-uns de mes petits essais. Comme c’est un fil très fin auquel je ne suis pas habitué, je fais d’abord les patrons sur du gros fil pour voir et comprendre ce que je fais, puis je reprends dans du fil fin pour habituer ma main. Comme il faut faire de petits mouvements serrés, c'est un peu inconfortable. Je suppose qu'on s'habitue. On peut voir la différence de volume que ça donne.

Voici une fleur dans du gros coton. Ma main sert de référence. C'est un peu flou. J'ai eu le la difficulté à prendre la photo.








Le même patron, mais dans un fil plus fin.













Et les deux fleurs côte à côte.
 





Le cerveau mystique

Un documentaire de l'ONF dont je recommande la vision: Le cerveau mystique. Ce documentaire parle des recherches les plus récentes en matière de neuroscience et de spiritualité, en particulier à l'Université de Montréal. Une carmélite, des moines bouddhistes, des survivants d'EMI participent aux expériences: EEG, IRM du cerveau. Le Dr Richard Davidson, dont j'ai parlé dans le billet précédent, est aussi de la partie.

Maintenant je dois vous quitter, c'est l'heure de ma méditation. ;-)

dimanche 17 avril 2016

La méditation thukdam

Le numéro d’avril 2016 du National Geographic parle de l’expérience de la mort dans une série d’articles. Le sujet est à première vu macabre mais ce n’est pas le cas. L'un d’eux est sur l’expérience de mort imminente (EMI), dont j’ai parlé dans des articles précédents alors que le second parle plus du point de vue des neurosciences et de la médecine. Contrairement à l'idée que beaucoup s'en font, la mort, ce n’est pas comme un interrupteur électrique, avec On on est vivant, et Off on est mort. La réalité est beaucoup plus subtile: un passage en tons de gris. Et avec les greffes d’organes (entre autre le cœur, où une question éthique s'est posée: dans quelle mesure on tuait ou non le donneur) et la réanimation cardiaque, il a fallu réviser dans les années 1960 à quelles conditions médicales on pouvait dire qu’une personne était encore vivante ou déjà morte. Je vous invite à lire ces articles, disponibles en anglais sur le site web du NG aux liens ci-dessus. Normalement, ils sont disponibles le mois suivant dans les éditions papier en langues étrangères. En tout cas, c'est ce qui se passe pour l'édition française.

Un endroit où j’ai accroché parle de la méditation thukdam. C’était du nouveau pour moi. Comme l’auteur n’était pas très bavard en dehors du fait qu’il y avait un projet de recherche tout ce qu’il y a plus de sérieux sous la gouverne du Dr Richard Davidson de l’Université du Wisconsin à Madison, j’ai creusé sur internet.

Le thukdam est une pratique méditative du bouddhisme tibétain. Le moine atteint un état dans lequel les signes biologiques de la vie cessent sauf que le corps apparaît frais et intact, sans rigidité, comme s’il serait encore vivant, avec une chaleur au cœur, ceci pour une semaine ou plus malgré son décès. Ça arrive rarement et seuls des moines très expérimentés en méditation sont capable de l’atteindre.

On a ainsi le cas rapporté d’un moine ayant pu conserver cet état pendant dix-huit jours. Le Dr Davidson, ci-haut nommé, spécialiste en neuroscience de la méditation et imagerie du cerveau, a reçu la permission du Dalaï Lama en personne pour l’étudier, ainsi que d’autres cas qui se présenteraient. Il a pu même former des médecins en Inde, parmi la diaspora tibétaine, afin d’examiner des moines avec du matériel médical de base. Comme on ne sait pas d’avance qui peut être capable de pratiquer ou non le thukdam, l’étude inclut les moines vivants. On a ainsi un suivi plus complet.   

Un autre cas rapporté est celui du 16ème karmapa (chef d’une école du bouddhisme tibétain autre que celle du Dalaï lama), décédé en 1981 dans un hôpital américain, ce qui a permis de contrôler ses signes vitaux. C’est le premier exemple répertorié en Occident d’un thukdam.

La photo ci-dessus est supposée être celle du moine Tenga Rimpoche, en état de thukdam. Il est mort en 2012. Son thukdam a duré du 30 mars au 3 avril.

Ce que j’en conclus, c’est à quel point on en a encore à apprendre concernant notre destin commun à tous. Et aussi sur les possibilités de notre cerveau.

vendredi 19 février 2016

Réflexions sur l’art

Dans mon précédent article, j’ai donné ma biographie artistique.

Je vais continuer avec quelques réflexions sur l’art.

Je le termine en disant que ce sont les fractales, l’écriture et la dentelle aux fuseaux qui ont été mes expressions artistiques les plus significatives. Mais j’aurais dû aussi mentionner la musique parce que même si mes compositions datent de seulement ces dernières années, j’ai toujours été mélomane.  Dans mon article précédent, je mentionne que j’avais commencé à écrire un livre mais que je ne l’avais jamais terminé. Le héros était un musicien (ce que j’ai longtemps estimé comme ma carrière ratée) mythique dans une Chine antique imaginaire, membre d’une sorte d’ordre initiatique où les membres s’engageaient à utiliser leur art pour la guérison et le développement spirituel, autant le leur (ils n’avaient pas le choix d’être leur première victime, puisque toujours présents) que celui de leurs auditeurs. Le mythe d’Orphée revisité. Mon problème a été le foisonnement d’idées et la manière de les organiser. Il y avait quelques scènes auxquelles je tenais, dont le début et la fin. Mais pour les relier, je pouvais le faire en vingt comme en milles pages. À vingt, le lecteur aurait été trompé. À mille, il y en avait trop et quand on étire la sauce, à un moment donné, on discourt pour rien. J’ai eu à un moment donné le désir, et le courage, de passer à autre chose. Écrire est très angoissant et on est littéralement hanté par ses personnages. Ils deviennent presque des amis imaginaires. Et toutes les fois subséquentes où j’ai voulu m’y remettre, comme par exemple le publier sous forme de nouvelles ou de contes, il est vite  retourné à la tablette auquel il appartient maintenant. L’effort était trop demandant et j’avais déjà donné.

En parlant de ce livre, je présente un peu ma philosophie de l’art. Ça doit éduquer, ça doit guérir, ça doit rendre heureux, ça doit développer spirituellement par l’atmosphère qui s’en dégage. Mais ça ne doit pas le faire de front. Même si je l’évoque des fois sur ce blogue, pour moi, la spiritualité relève du domaine privé. Agir, non parler. Je m’explique. Pour le livre, j’exploitais carrément le principe des mythes justement parce que ce n’est jamais dit clairement et que ça peut susciter des réflexions personnelles par les symboles qu’on peut y découvrir. Les mythes sont de bonnes histoires où ceux qui veulent seulement celles-ci sont satisfaits et ceux qui ont envie de réfléchir le sont aussi. Et on ne se met pas directement en avant.

Fait de front, ça me mets mal à l’aise. Je suis toujours surprise par certains artistes que je connais du domaine des fractales. C’est un art abstrait. Si vous cherchez des Christs en croix ou des Bouddhas en train de méditer, ce n’est pas la place. Mais comme celles-ci peuvent avoir un aspect cosmique ou onirique, elle s’y prêtent facilement. Suivez les titres. Je pense à deux personnes en particulier qui produisent de très belles œuvres mais où le prosélytisme religieux est systématique. Leurs titres souvent forcés me font fuir à chaque fois. J’admets en avoir fait moi-même: Mevlevi, Satori, Arhats en prière mais juste occasionnellement.

Je continuerai mes réflexions dans un autre article.

mardi 16 février 2016

La création artistique et la culture

Dans mon article Le livre le plus sacré, je mentionne à la fin que je veux revenir à un moment donné sur la création artistique et la culture. Mon article précédent, sur la dentelle aux fuseaux, me permet d'y revenir.

Je me suis retrouvée face à ces deux manifestations très tôt dans la vie. En 1963 — j'avais huit ans — il y avait une exposition sur Toutankhamon au Musée du Québec. Mes parents l'ont visitée en m'y amenant. À trois pieds de moi, j'ai pu voir son célèbre masque funéraire. L'impact été très profond, me marquant pour la vie. La preuve: j’en parle encore après plus de cinquante ans. Trois semaines plus tard, je voyais ce masque sur la couverture d'un livre et mes parents ont accepté de me l'acheter même si c'était pas de mon âge. Je l'ai encore dans ma bibliothèque. Presque immédiatement, j'essayais d’imiter les fresques des tombeaux avec du papier et des crayons de couleur. Comme c'était la vogue des cartes de Beatles et de hockey, je me suis mise aussi à en faire sur de petits cartons comme une collection. Je les avais complètement oubliés jusqu'à ce que je vide la maison de mes parents, il y a une vingtaine d'années. Ma mère en avait gardé quelques-uns dans un classeur. Je les ai évidemment conservés mais il faudrait que je fouille pour les retrouver et vous les montrer.
       
À part ça, j’ai été élevé dans un milieu où certaines formes de création artistique était très valorisées. Ma grand-mère et plusieurs de mes tantes faisaient de la peinture à l’huile. Ma tante préférée avait fait les Beaux-Arts et était illustratrice de mode. Ma mère l'était aussi, je veux dire peintre — elle a eu comme professeur le célèbre Francesco Iacurto —  mais elle faisait aussi de l’artisanat. Elle a gagné des premiers et deuxième prix provinciaux en macramé (qu’elle a enseigné dix ans dans les années 1970) et en peinture à l’aiguille. Elle cousait ses propres vêtements. Mais sauf ma tante illustratrice, toutes étaient des femmes au foyer. Dans le milieu très conservateur où elles évoluaient, une carrière dans les arts était impensable. Elles chargeaient les artistes de tous les préjugés négatifs: débauchés, drogués, bohèmes, etc... Quand j’ai pu m’affranchir de ce milieu étouffant, ça a été pour me rendre compte qu’ils ne l’étaient pas plus que bien du monde ordinaire. Que c’était plutôt une question d'argent. J’ai évidemment suivi le chemin familial au début. J’ai fait ma part de macramé, de la courtepointe, de la couture, ma petite taille justifiant cette dernière. Mais pas de la peinture. Ça salissait trop les doigts et je n’avais pas la patience.


Ci-dessus, une couverte que j’ai faite au début de ma vingtaine. Ça m’a pris trois ans à la réaliser. Ce sont 192 (12x16) carrés différents brodés faits avec des restants de laine. Le défi que je m’étais assignée était de ne pas avoir deux broderies pareilles pour voir si j’avais de l’imagination.

J’aurais aimé être écrivain ou apprendre la musique mais ce n’était pas valorisé dans mon milieu familial. Et quand j’ai eu enfin la distance nécessaire j’ai exploré d’autres expressions artistiques comme la guitare, le baladi, le théâtre, la frivolité, le tissage domestique, la photo, le dessin ... juste pour voir si j’allais aimer ça. Ce n’est pas resté. Alors que j’avais un diplôme universitaire en informatique, je suis retournée obtenir un diplôme collégial en infographie pour pouvoir mettre en page et auto-publier un livre que j’écrivais et que je n’ai jamais terminé. Mais je vais peut-être recycler certains textes sur ce blogue. Finalement, ce sont les fractales et l’écriture qui ont été les plus significatifs. Mais j’ai composé aussi plusieurs pièces de musique il y a peu de temps et je fais de la dentelle aux fuseaux depuis plus de dix ans. Limitée dans le temps par le travail professionnel, je ne peux pas tout faire en même temps et je vais au gré de ma motivation et de mes engagements. Ainsi, par trois fois j’ai été la ou une des rédactrices en chef de bulletins de liaison pour des associations dont j’étais membre parce que j’ai gardé mon intérêt sur les belles mises en page. À défaut d’avoir pu faire une carrière artistique, j'essaie d'encourager des artistes que j'apprécie. Je suis membre depuis plus de vingt-ans des Amis de l'orgue.

Les arts, la culture, la création artistique, ça a toujours été fondamental pour moi.

dimanche 14 février 2016

La dentelle aux fuseaux

Je ne vais pas continuer tout de suite l’histoire du taoïsme. En le relisant, je me rend compte à quel point ce livre est dense et pour avouer, je n’arrive pas à me faire une idée comment aborder la suite.

En dehors des fractales, que je n’ai pas fait de manière significative depuis dix ans, de l'écriture et de mes compositions musicales, un autre de mes hobbies est la dentelle aux fuseaux. Quand j’ai commencé à en faire, en 2003, c’était un de mes très vieux rêves que je réalisais. Je m’étais acheté des fuseaux à Bruges lors d'un voyage en Europe, 20 ans auparavant. La dentelle, c’est très zen. Une vraie méditation. Et pour quelqu’un habitué à travailler avec des ordinateurs de par sa profession, ça oblige à une certaine patience et un certain recul. À un moment donné, ce sont les mains qui pensent et on suit leur rythme.

Il y a deux-trois ans, j’avais mis mes outils et mes fils de côté, j’étais «ailleurs». Je viens de recommencer à m’y mettre. C’est juste de petits exercices de réchauffement en attendant des œuvres plus ambitieuses. À gauche, voici mon plan de travail en cours. La dentelle a plusieurs styles, souvent associés à des régions européennes. Ainsi, cet exercice me permet de pratiquer la dentelle dite russe. Celle-ci comporte principalement des galons, faits à mesure, des tresses et des points d’esprit. On appelle par ce nom les petites figures ovales. Ils sont très difficiles à maîtriser. Un dicton dit qu’on commence à en avoir de potables à partir de 500. Une autre version parle de 1000. Sincèrement, j’aimerais acquérir cette maîtrise. À droite on a un agrandissement de l’endroit où je suis rendue. On voit mieux les points d'esprit, le galon et les tresses.


Je vais terminer mon article avec deux centres que j’ai terminés.






Ci-contre, en vert et blanc, c’est ce qu’on appelle de la dentelle de Cluny, selon la région de Cluny en France. En commun avec la dentelle russe, elle utilise les tresses et les points d’esprit. Mais aussi d’autres techniques qui lui sont propres.

Ci-dessous, blanc et rose, un autre exemple de dentelle russe. C’est un patron que j’ai créé à partir d’un autre. J’exploite le galon, les tresses et ce qu’on appelle des araignées. Ces dernières sont les petites cercles à chaque pointe du pentagone du centre.


J’ai ajouté dans les liens à droite l’adresse de mon professeur de dentelle (russe, Cluny et Tulle), Véronique Louppe. Allez voir, ça vaut le coup d’œil.

mardi 29 décembre 2015

Histoire du taoïsme - les Maîtres célestes

Cette école taoïste est une des plus anciennes. Elle date du IIème siècle sous le nom originel d’École des cinq boisseaux de riz et existe toujours. Lorsque Koubilai Khan, dans les années 1280, a fait brûler presque tous les livres taoïstes et fermé la plupart des écoles, elle est restée en vie. Elle a été gardée comme porte-parole officiel du taoïsme vis à vis du gouvernement impérial. La raison était bien simple. Outre son âge vénérable, elle était très structurée et très organisée, avait des temples, une liturgie et un clergé, tout en étant devenue très peu influente. Elle avait même un ...état civil. Donc elle était la plus facile à contrôler, tout en étant utile.

Elle existe toujours puisque ça a assuré sa pérennité. Quand on voit des images sur internet de cérémonies taoïstes, ou de prêtres taoïstes, c’est d’elle qu’il s’agit. Pour cette raison, et parce que ça occupe vingt-deux pages dans le livre, je vais être succincte.

Elle est née d’une révolte sociale à l’encontre de la dynastie de l’époque, celles des Han. Les membres devaient contribuer par cinq boisseaux de riz, d’où son nom originel. Les Maîtres célestes établirent dans le Sichuan une société utopique et millénariste sur le principe de la Grande Paix (Taiping), qui est l’équivalent chinois (chinois en général, pas juste taoïste) du Royaume de Dieu chrétien. Une société ayant atteint ce principe est toute d’harmonie, de paix, de sagesse et d’égalité. Zhang Daoling, le fondateur, voulait préparer l’avènement d’une nouvelle et vertueuse dynastie basée sur le concept de la Grande Paix et établir un peuple d’élus. Il se considérait comme le vicaire terrestre de Laozi qu’il révélait (au sens de Révélation) être devenu Laojun, un des Trois Purs, dont les incarnations terrestres avaient pris fin et dont il fallait assurer la relève. Sur trois générations, cette école se développa considérablement au point de devenir un véritable état indépendant. Mais son chef n’alla pas jusqu’à prendre la place des empereurs. Il s’allia plutôt à un champion, qui le lui rendit par des avantages politiques, à lui et à son école. Au XXIème siècle, ce sont encore des descendants de Zhang Daoling qui sont à sa tête. Ses trois premiers dirigeants sont révérés comme des ancêtres.

Seules des informations fragmentaires sur le mouvement dans sa phase des premiers siècles sont disponibles.

L’état des Cinq Boisseaux de riz était à la fois administratif et théocratique. À la tête, il y avait le Maître céleste. En dessous, il y avait vingt-quatre circonscriptions administratives qui chacune relevait d’une divinité et était mise en rapport avec un des cinq éléments, une des vingt-quatre périodes de l’année, une, deux ou trois des vingt-huit constellations du ciel, etc. Comme ces informations étaient nécessaires pour assurer l’efficacité des requêtes aux divinités, des talismans, etc. chaque nouveau fidèle devait fournir le lieu, la date et l’heure de sa naissance, en plus de son  nom, informations fournies par sa famille, complétée par l’administration locale et mises à jour lors d’un changement. Du côté invisible, les divinités tenaient un même registre qu’elles comparaient avec ceux fournis lors des rituels pour identifier les requérants avec certitude. Ce qui est un véritable état civil, même si sa fonction n’était pas à priori administrative. J’aimerais vous dire qu’ils l’ont inventé mais je vais plutôt vous avouer mon ignorance en la matière.

L’état était totalitaire, ce qui est très loin de l’image de tolérance associée normalement au taoïsme, réglementant les détails de la vie quotidienne ainsi qu’une partie des croyances avec sanctions plus ou moins graves si on passait à côté. Une vie communautaire remplie de rituels religieux, agapes, jeûnes, rites sexuels, exercices respiratoires, et de pénitences où l’espionnage du voisin était érigé en système. Un point que j'ai trouvé intéressant était les sanctions ou pénitences sous forme de travaux communautaires alors que le système pénal chinois a pendant longtemps été le royaume des mutilations et autres châtiments corporels.

L’enseignement aux néophytes se faisait sous forme de catéchisme, lequel, outre la base des croyances et de la morale, mettait en garde contre d’autres écoles avec lesquelles elle était en lutte. Il y avait une gradation parmi les fidèles en fonction des mérites (et non de l'origine sociale) jusqu’au degré de maître, où l'adepte devenait membre du clergé et recevait, au cours d’une cérémonie, une liste des esprits qu’il était en son pouvoir de mander et qui déterminait en même temps son rang dans la hiérarchie ecclésiastique.

La caractéristique dominante des prêtres de l’école des Maîtres célestes résidait dans leur compétence à rédiger des suppliques (guérison, succès dans les affaires, mariage, sécheresse, sauterelles, inondations, exorcismes, etc.) et à les acheminer vers les puissance divines par la liturgie. C’est là leur fonction principale encore de nos jours.

Les Maîtres célestes virent leur influence décliner peu à peu avec le passage des siècles, tout en évoluant. Surtout avec la manifestation de nouvelles Révélations dans le taoïsme. En fait, l’école se retrouva à un moment donné au bas de l’échelle, sans influence, avec quand même la promotion inattendue que lui donna Koubilai Khan.

Dans le vidéo qui suit, on peut écouter de la musique de l'époque de la dynastie des Ming (1368-1644) jouée par des prêtres taoïstes. Ou habillés comme tel.